Trop avide et trop bavarde, la photographie, si on la laisse faire : elle prend goulûment tout, tout de suite, en bloc ; puis débale fièrement ce qu’elle a pris.
C’est plutôt ce qu’elle perd qui m’intéresse, ce qu’elle perd d’un monde soumis à la loi incontournable du temps, d’un monde de passages et de traces.
“Je fixais des vertiges”, écrit Rimbaud. La photographie a pour moi cette fonction-là. J’aime me situer à la limite du visible.
Quand je photographie, c’est comme pour dire : “Regardez, il n’y a rien à voir, mais regardez quand même. “
Il en est de même avec les oiseaux, photographiés dans une décharge publique, où par milliers ils semblaient giffler tour à tour la lumière et l’ombre d’un vif battement d’ailes. Sous l’effet conjugué de la violence de leur vol, de la rapidité de leur mouvement, du bruit de l’air ainsi brassé, de leurs cris effrayants, le ciel tout entier semblait fracturé.